Les croix archaïques
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Les formes
- Croix asymétrique
- Les éléments ne sont pas équilibrés les bras et les angles sont inégaux.
- Croix pattée
- Les bras ainsi que le fût vont en s'évasant.
- Croix convexe inscrite dans un cercle
- A rapprocher du nimbre crucifer.
- Croix avec angle remarquable
- L'un des angles des bras latéraux est plus fermé que les autres.
- Croix ambivalente
- Elle est formée à la fois des éléments de croix latine et de croix pattée.
- Croix à disque sur fût
- Trois éléments solidaires : une croix latine, un disque porteur d'une croix grecque et un fût octogonal.
Introduction
Il est une région, située au nord-ouest du Haut Maine, où subsiste un patrimoine particulièrement riche en croix de plusieurs époques. Elles quadrillent un territoire de christianisation très ancienne. L'aire de diffusion s'étend principalement sur quatre cantons : Fresnay-sur-sarthe, Beaumont-sur-Sarthe, Sillé-le-Guillaume et Conlie.
Définition
On les appelle archaïques en raison de leurs formes curieuses et de leur date reculée. Vingt, voire trente générations ont posé leur regard sur elles, au passage. Dépourvues d'inscriptions à l'origine, elles ne sont pas pour autant muettes du message de ceux qui les ont plantées à même le sol.
Composition
Le Roussard : c'est dans une pierre résistante à l'érosion que furent taillées ces curieuses croix, objet de cette étude. Le Roussard, roche sédimentaire détritique* reconstituée, est formée de grains de sable irréguliers soudés entre eux par un sédiment silicieux, teintée d'une rouille plus ou moins accentuée en raison du sol ferrugineux de cette région.
* Roche qui est formée au moins partiellement de débris, qui résulte de la dégradation d'une roche préexistante.
Histoire
Les croix archaïques jalonnaient des voies de pèlerinages. Nos ancêtres allaient de l'une à l'autre en se rendant de village en village vers le Mont-Saint-Michel ou Saint-Jacques-de-Compostelle, si tel était le voeu à accomplir.
A partir des XVème et XVIème siècles, la croix fur le principal support de ces signes gravés ou sculptés, attributs communs du pèlerin : bourdon*, coquille accompagnés parfois d'autres motifs. Les croix ornées d'empreintes de coquilles Saint-Jacques ne s'observent qu'au bord des cheminements montois (chemins qui mènent au Mont-Saint-Michel), en particulier dans le Maine, ce qui prouverait que ces croix, à caractère ésotérique, seraient en rapport étroit avec ces cheminements.
* Bâton de pèlerin surmonté d'un ornement en forme de pomme.
Les symboles
Pour les chrétiens, la croix du Christ a sauvé le monde. Celle que l'on plante doit donc embrasser symboliquement l'univers, en s'orientant selon les axes majeurs, partout admis.
Les croix peuvent être plantées à même le sol. Ce sont généralement les plus anciennes. Elles peuvent être aussi montées sur un socle à un ou plusieurs degrés.
- La branche supérieure indique l'espérance montant vers le ciel.
- La largeur : c'est la charité qui s'étend jusqu'aux ennemis.
- la longueur ou hauteur : c'est la persévérance.
- Le pied de la croix enfoncé en terre signifie la foi assise sur de profondes fondations.
- La croix dans sa totalité : c'est la représentation de l'arbre de vie.
- La forme octogonale évoque la vie éternelle.
Croix de Boisouge - Mézières-sous-Lavardin
Croix unique en notre Maine de par sa hauteur et sa section étroite. Il a fallu une grande maîtrise du métier pour oser tailler d'un seul bloc cette croix au fût si fragile.
Les motifs gravés en creux attirent l'attention. Ils sont sans aucun doute la signature du donateur. Sur le bras droit, le petit rectangle pourrait représenter un coin de carrier qui servait à éclater la roche à l'extraction ; l'autre motif peut représenter l'outil du tailleur de pierre. Le donateur de cette croix serait donc un habile compagnon qui extrayait lui-même la pierre qu'il devait travailler.
Croix Le Buisson - Sainte-Sabine-sur-longève
Au centre de la croix, taillée en creux, on distingue une coquille de Saint-Jacques marquée de deux trous. Par ces orifices, on pouvait passer un fil et fixer le coquillage sur une vêtement ou le portier en sautoir*.
* Lors des fouilles entreprises sous la direction de Marc Dumans, archéologue, en avril 1992, au prieuré de Vivoin, il a été découvert dans une sépulture creusée à une date située aux alentours du XIIème siècle, un squelette portant deux petites coquilles Saint-Jacques perforées de deux trous chacune.
Croix Dorbel - Cures
Elle était enfouie dans le sol mais encore présente dans la mémoire collective des habitants de Cures, sous son nom de légende "dort belle". Cette croix fut révélée le 29 janvier 1999 lors d'une conférence sur les croix archaïques donnée à la demande de l'Association des Parents d'Elèves du Sivos de Domfront-en-Champagne.
Le cadastre de 1930 précise son emplacement (à proximité du carrefour formé par les axes Cures/Lavardin et Domfront/La Quinte) et son nom Croix Dorbel, nom probable du donateur. Ce positionnement était précieux pour guider les voyageurs dans le dédale des chemins d'autrefois.
Croix Fouquet - Sainte-Sabine-sur-Longève
Cette croix porte sur son fût l'un des attributs du pèlerin : le bourdon. Au revers, une protubérance ronde, visible au centre des bras, pourrait être interprétée comme une coquille Saint-Jacques.
Sainte-Sabine-sur-Longève est une étoile de chemins. C'est donc un passage important d'un réseau capillaire de cheminements. C'est le seul village de la Sarthe à posséder, dans ses murs, deux croix décorées par des attributs de pèlerins.
On peut reconstituer des itinéraires oubliés, en reliant par une ligne de telles croix dispersées à travers la campagne.
Croix gallo-romaine - Neuvy-en-Champagne
Erigée sur un sol calcaire, cette jolie croix en roussard, aux bras tombants, "portant le poids du monde", limite vers le sud-ouest l'expansion des croix archaïques du Haut Maine.
Au centre de ses bras, une niche très étroite a pu abriter une statuette.
De nombreux indices d'occupation gallo-romaine ont été retrouvés sur le site de Neuvy-en-Champagne. L'église actuelle du XIème siècle a été construite sur l'emplacement d'un ancien Fanum (forme typique du temple gallo-romain).
Croix du Ramon - Domfront-en-Champagne
Grande croix octogonale avec niche et coquille Saint-Jacques très visible, gravée en creux sur le bras supérieur. Croix "jalon" qui a permis de retrouver un cheminement jacquaire, jusqu'alors insoupçonné. Il offrait plus de sécurité au voyageur car il conduisait plus au nord de la forêt de Lavardin.
Les Croix - Domfront-en-Champagne
Les croix couplées sont rares, il en existe seulement trois exemples dans le Haut Maine.
Les deux croix sont d'époque différente : l'une est pattée, l'autre de forme ambivalente. On les a réunies pour obtenir un couple à moindre frais. On les a plantées à même le sol et non sur un socle, ce qui est très rare pour les croix couplées.
Comme pour les croix à disque sur fût, les croix couplées ne s'observent, en particulier dans le Maine, qu'au bord des cheminements montois.
Sur le plan terrier* de la famille de Tessé de 1783, les deux croix sont dessinées au centre d'une placette au débouché de cinq chemins. L'un venait du village de l'Habit et portait le nom de chemin rural dit de "Saint-Jacques" selon le dernier cadastre. Il passait devant "Le Grand Gaigné" pour aller rejoindre la voie antique Le Mans - Camp de César.
* Registre foncier accompagné d'un plan et contenant, avec l'indication des terres relevant d'une seigneurie, celle des droits et redevances attachés à chacune d'elles.
Croix de Vinay - Conlie
Portée sur le plan terrier de la famille de Tessé en 1783, cette croix était beaucoup plus haute autrefois. Elle dominait un vaste panorama.
Conclusion
Un événement d'importance a contribué à la floraison des croix de chemins,
déjà bien implantées aux carrefours, aux entrées de villes, aux limites de
propriétés. En 1095 au Concile de Clermont, le pape Urbain II a étendu aux
croix de chemins le bénéfice du droit d'asile : "Quiconque pour échapper
à la poursuite de ses ennemis, demande refuge à une croix de chemin, sera
aussi intangible que s'il avait gagné une église"
(canon 29 et 30). Dès lors,
on n'hésitera pas à multiplier les croix puisque l'autorité d'un Concile
leur donne un droit de protection.
Par la suite, sont arrivés des temps plus paisibles. Le droit d'asile est devenu moins utile. Les juristes de leur côté, contestaient le bien fondé d'une mesure trop libérale. Enfin, le savoir retrouvé des tailleurs de pierre a sonné leur déclin et a conduit vers l'oubli de ces croix "démodées". De leurs mains devenues habiles ont jailli de nouvelles croix, enrichies de nombreux symboles.
Sources : extrait de Croix archaïques en roussard et Croix de pèlerins du Haut Maine - Roger Grignon et Pierre Davoust - 1999 - Coll. Patrimoine - Impr. Fresnoise Editions.
Dernière modification : 2012-03-06










